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Scène et Salles / notes de concert

ONLY FRENCH - Le 5 juin 2009 à la Boule Noire

Olivier Grandry - soutien et membre éminent d'Only French, musicien, présent au festival depuis le premier concert - nous livre ses impressions de la dernière édition. Du direct, en quelque sorte...

Swift

Ce que j'ai aimé: des voix pleines, puissantes, travaillées et profondes. Proches dans la tessiture, mais timbrées différemment et s'alimentant l'une l'autre, en se donnant de l'espace dans le chant. Des paroles délirantes et drôles (sur la soif des gnous ou des cavalcades dans le cantal?!). Des musiques qui me semblent plus subtiles que leur immédiateté ne le laisserait croire (apparente facilité rehaussée par quelques petits détours harmoniques bienvenus).

Ce que j'ai moins aimé: le coté cabotin, et l'affectation par exemple du voussoiement sur scène. Une distance, un recul, dicté par l'exigence d'un spectacle humoristique. J'aimerais que les Swift soient moins comédiens et assument plus leur coté musiciens (qu'ils sont, et excellents). Ils ont du goût et de l'invention, parfois j'ai été frustré de sentir qu'ils ne se donnaient pas complètement à l'émotion de cet équipage, comme gardant dans un coin de la tête qu'ils devaient aussi être spirituels. Le public prend forcément aussi un peu de recul.

 

Nicolas Fraissinet

Difficile pour lui de passer après Swift et leur flamboyance humoristique. Il s'est attelé à la tâche comme un artisan sérieux et confiant dans son art. La première chanson a été une page de transition nécessaire. Ensuite sa sincérité, sa cohérence, sa force tranquille ont pour moi emporté le morceau. Chaque chanson s'appuyait sur la trace de la précédente pour construire, au final, une prestation complète et ascendante. Une belle chanson sur le sujet pas facile de l'anorexie, chantée vaillamment en solo; des paroles bien équilibrées, ni mièvres ni fumeuses, même si parfois un poil ésotériques.

Les quelques mots qu'il a prononcés entre les chansons ont été bien calibrés pour créer le contact nécessaire – un peu de recul aussi, mais pas de celui qui met de la distance, car plus simple et direct. La musique est bien conçue et bien exécutée, par un groupe bien huilé et dégageant un plaisir calme de jouer ensemble – pas une originalité incroyable, et quelques faux airs de Genesis, mais au final un spectacle de qualité.

 

Orly chap

Bien, le grain de voix de la chanteuse avec raucité assumée. Le jeu de guitare de son compagnon, son clair et bien timbré. Des instants d'harmonie (sur une chanson à jouée à deux guitares) bien trouvés. Les moins: les textes dada, limite écriture automatique (surtout pour les petits envois entre les chansons), hormis un couplet (sur les mains autour du cou mouillé comme si elle apprenait à nager?). Et surtout le coté halluciné de la chanteuse, fournissant une performance peut-être cathartique pour elle mais dans laquelle le public a du mal à entrer. Le peu de soutien (en tout cas visible) de son compagnon au niveau scénique n'aide pas non plus, le tout étant trop cryptique et dégageant un léger malaise. Je pense qu'il y avait pas mal de stress chez la chanteuse (premier morceau difficile), et que tous deux doivent progressivement essayer d'apprivoiser la scène.

 

Martial

J'ai souffert de la faiblesse des paroles et de celle de la musique, en tout cas de son exécution. Le bassiste est pour moi le principal responsable du manque de ciment musical. On sent qu'il aime sa basse cinq cordes; mais avant de s'amuser avec les harmoniques il devrait penser à faire son job de bassiste: à savoir porter ce groupe sur ses épaules, respecter les fondamentaux comme disent les rugbymen (et les fondamentales en musique). A partir de là, la musique du groupe se délite, sans liant, alors qu'individuellement les musiciens sont de qualité (bon pianiste).

La force est dans la présence scénique et vocale de la chanteuse qui tire le tout à l'énergie. Mais elle rame un peu à contre courant, et je n'ai pas vraiment accroché avec l'usage des artifices divers et variés (le chapeau).

Olivier Grandry - 9 juin 2009

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